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Le fantôme de l'herboriste

 
Le fantôme de l'herboriste
 
Une large partie de la population française consomme quotidiennement des plantes aromatiques et médicinales, et ce de façon croissante depuis les quarante dernières années, revenant en cela à des pratiques ancestrales réputées favorables à la santé et au bien-être. Celui qui devrait être au cœur de ce métier n'existe que dans une image archétypale fondée sur un amalgame de souvenirs et de lois disparus. Cette profession, aujourd'hui orpheline d'un statut social clair, fut supprimée durant la dernière guerre mondiale, ne permettant qu'aux anciens diplômés d'exercer leur métier jusqu'au terme de leur existence. Cette suppression exprime un malaise profond, sorte de préfiguration d'un monde déphasé, séparé de ses bases traditionnelles estimées désuètes par une minorité agissante sûre d'elle et de sa conception du progrès.  C'était sans voir que cela entraînait une perte culturelle majeure.  L'usage des plantes enraciné au cœur de l'homme ne peut pas être remplacé par des solutions artificielles et les liens privilégiés qui ont toujours unis homme et végétal ne s'effacent pas avec un décret.

La superstition que révèle ce type de réponse définitive donne des informations sur cette société  "nouvelle"  et arrogante qui s'imagine avoir réponse à tout. En fait, comme aujourd'hui encore, elle cherche à s'imposer, soumettre aux propagandes univoques et radicales, aux réquisitions anonymes et sans appel,  son  prêt à penser qui s'oppose sur le fond et sur la forme à la conscience des peuples.
La volonté de faire  disparaître  les herboristes en tant que symbole d'un archaïsme humain se trouve confrontée à  une réalité profonde, qui ne se gère ni par une loi, ni par une idéologie. Dans les faits, elle ne  parvient pas toutefois à ses fins.
 
Je pense qu'il est temps d'accepter de revenir sur une décision inappropriée.  Il est nécessaire aujourd'hui de réinstaurer ce diplôme qui permettrait l'usage sans restrictions inutiles, mais avec une régulation qui protégerait la sérénité du client et la compétence de l'herboriste. Ce blocage en dépit du réel, montre à quel point nous nous séparons sans discernement de la parole traditionnelle, et à quel point les réponses mécaniques et dénuées de bon sens ne peuvent pas  résoudre la demande profonde de l'intuition humaine.
Comme pour les pollutions induites par nos modes de vie, et l'industrialisation d'une grande part de nos activités et de nos aliments, l’obsession légaliste  conduit à l'anomie et entraînent des comportements irrationnels de part et d'autre. Les fins de non-recevoir préventives sont irresponsables au regard de l'attente des consommateurs et conduisent à bien des égarements.
 
Il faut en effet entendre que la phytothérapie est parfaitement à sa place dans notre temps, notamment  en usage de première intention. Appuyée par les connaissances en diététique, elle  conduit à une amélioration de la santé et du bien-être des populations, ce qui est notre but commun. L'état des connaissances et leur mise en œuvre par de grands spécialistes donnent déjà ce signal.
 Toutes les formes savantes ou non, traditionnelles ou novatrices lorsqu'elles apportent des réponses utiles, doivent être les bienvenues. Le développement de la phytopharmacie amène à distinguer la multiplicité des usages à venir pour des populations très diverses qui sont en recherche de réponses liées à leur culture, leurs traditions et leur espérance de santé.
 
L'herboriste, depuis des siècles, a toujours évolué avec les connaissances de son temps, sans jamais perdre ce qu'elles contenaient déjà. L' amélioration constante de ce savoir nous permet aujourd'hui d'avoir dans cet art et dans cette science probablement un des  patrimoines les plus divers, et ce depuis des millénaires. Un faisceau d'études, de livres et de documents  confirment chaque jour son utilité, notamment en matière de prévention. Il faut donc reprendre le chemin de la raison puisque la conscience écologique  qu'une partie de la population  porte désormais, induit le lien à nouveau prospère entre l'homme et la plante.
Au berceau des monastères, le jardin, cœur du rêve de l'homme,  apportait l'esthétique spirituelle et paysagère dans une notion édénique mais également concrète. A partir de cet espace clos, mais ouvert sur les cieux, l'apothicaire de la maison savait prélever ce qui convenait le mieux, et par un bon usage apportait une réponse utile. La force des plantes dans leur qualité symbolique et énergétique n'était pas négligée par le prescripteur ; c'était un élément important de la solution. Il faudrait évoquer ici Sainte Hildegarde de Bingen, et son œuvre, lieu d'élévation et de santé qui proposa un ensemble de pratiques qui sont encore considérées avec grande attention.
La plante est un espace de soins multiples que l'herboriste contribuera  demain à faire connaître. Il accompagnera,  grâce à sa compétence, les médecins, les diététiciens, les naturopathes.
Ce monde sans herboristes convoque une absence si forte qu'elle recrée une image. Elle cristallise l’inadéquation et la négligence, infligées de fait à une multitude de personnes qui attendent de ce médiateur le lien discret et nécessaire avec la véracité du monde.
 
L'herboriste n'appartient pas au passé et son absence fait sens dans notre temps. Son intemporalité, comme celle du médecin ou du sculpteur, doit revenir dans le champ social pour garantir l'expression d'une diversité humaine. Il portera le renouveau d'une tradition hautement écologique au sens le plus noble. Ce fantôme, nous devons faire en sorte qu'il se "réincarne" en une personne avisée et compétente pour relayer les valeurs qu'induisent le secours et le bon sens de l'usage des simples.
 
La mythologie de l'herboriste  lui confère de facto un statut irrationnel et conduit à la création artificielle d' un état asymétrique entre idéalisation et imposture suivant le point de vue variable des interlocuteurs. Il  demeure pleinement dans notre imaginaire celui qui devrait incarner  une réponse intelligible, sensible et compétente.
Beaucoup  cherchent des solutions pour veiller à l'équilibre face aux excès, aux abus de goûts violents, artificiels, forcés par des propagandes sommaires et virulentes. A l'heure où les produits dénaturés rivalisent dans la standardisation avec des effets surpuissants mais inappropriés à la demande profonde du public, ces simples fleurs, feuilles séchées, silencieuses, ces  "pauvres" tisanes aux saveurs subtiles, parfois à peine perceptibles, apportent le bien-être et l'apaisement recherchés. Les plantes médicinales sont à la mesure de leur loyauté,  celles qui, proposées sur le comptoir de l'herboriste participent à réapprendre les gestes utiles, notamment à l'égard de soi-même. Elles nous attendent aussi pour cela.
 
Un jour prochain, le premier herboriste diplômé reprendra le chemin de sa boutique, il ouvrira ce commerce sur le monde avec la chaleur de son savoir. Il reprendra  le lien sans se départir de la contingence et avec la plus grande responsabilité pour apporter à sa clientèle les bienfaits des plantes et des aromates dans cette alimentation quotidienne et ce soin régulier que les simples savent prodiguer avec justesse.
 
                                                                                              Jean Maison
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