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                Postface pour le guide familial des plantes médicinales. Iris Dion
 
                                                             Entre la nature et la nature  de l’homme, il y a exquis
                                                             métabolisme, entière   transsubstantiation, par longueur
                                                             d’onde, ambiance, osmose, sympathie, écho.
                                                                                   Joseph Delteil
                                                                                                        La cuisine paléolithique


Voila plus de quarante ans que je consacre une grande partie de ma vie à la production  agrobiologique, à la cueillette écologique des plantes médicinales et aromatiques  et à  leur négoce. C’est à ce titre que l'éditrice Iris Dion me fait l'amitié de me confier la rédaction de la postface de ce guide familial.
 
   Le lien homme-plante s'est créé depuis l'origine de l'humanité.  Des traces innombrables relevées sur tous les continents indiquent que les civilisations se sont  bâties en particulier autour de la relation avec le monde végétal.
La naissance des pratiques magiques en correspondance avec les découvertes des usages médicinaux se mêlèrent à travers le large spectre des croyances. L’échelle instinctive de la cueillette arrimait les premiers pas de la domestication et peu à peu le façonnage des paysages. La paysannerie conservant pour toujours le refuge de la branche coupée, le bon sens et la prévention, la relativité du sédentaire issue de la précarité des premiers chasseurs-cueilleurs.
    Chaque individu porte et reçoit la mémoire des archétypes, des usages instinctifs,  des intuitions. Il est donc souhaitable de retrouver en notre cœur les premiers instants que nous ont confiés les plantes à travers l'odorat, la vue, le toucher et le goût. Mais plus encore, pour aller entrevoir sur des plans symboliques et sacrés ce qui est universel.  Car si la Femme  et l’Homme présents dans le jardin d’Eden ont associé le savoir et l'amour, c'est qu'ils étaient entrés dans la matérialité du temps, de la maladie, de la guérison, de la mort, de la connaissance et du salut.
    L'humain conserve en lui ce message où arbres, fleurs, herbes, lui proposent à la fois un espace nutritif, poétique, spirituel et esthétique. Ce lien entre l’individu humain, l'individu végétal  participe à ce bien commun que nous nommons Nature. Ainsi, pour ceux qui ouvrent les yeux avec attention aux bienveillances que prodigue la Terre, se découvre le lien essentiel avec l’origine.
En effet, l'écologie non politicienne exprime Homme et Nature  en une symbiose qui nous révèle l’un à l’autre.

 Le mouvement de la planète est rythmé à chaque pas, chaque battement de cœur, par la présence du végétal comme émergence structurante, comme énergie dans  les cycles des saisons, indissociable des formes essentielles de la vie.
La plante qui aujourd'hui est devenue hélas, trop souvent, un objet strictement utilitaire, un support,  n'en reste pas moins, et par ses qualités intrinsèques, le symbole de l'interrogation sur le vivant.
 
         À la fois médicinale ou poison, psychotrope et débilitante, nutritive ou consolatrice, elle émerge par l’usage des  gestes sacrés ou profanes depuis l'initiation jusqu'à la parodie, depuis l'extraction de principes actifs jusqu'à la simple allusion olfactive dans la course d'un moment. Chaque personne a un rapport affectif différent pour aborder ou pour ignorer ce que le monde végétal lui propose.
La plante humanise car elle porte depuis l’essence de la création, avec toutes les dimensions que confère l’évolution,  un mystère d’appartenance. Il y a depuis des temps immémoriaux une archéologie de l’usage tramée  par les hommes. Tout ceci forme un patrimoine immatériel d’une puissance insoupçonnée qui nous lie à nos origines et dont nous sentons l’impérieuse nécessité de nous approcher.
 
     Ce compagnonnage est fondé sur l’usage et l’intuition, sur le rapport qui existe entre l’objet, l’alimentarité et le sujet. Mais en fait, la concordance est plus profonde. La nature de l’échange, outre le bienfait, s’enracine également dans une séduction esthétique qui nourrit notre part de rêve et nos sensibilités spirituelles.
Il me semble qu’il faut avoir conscience d’un élément fondamental : la condition des gestes essentiels.  En effet, réalités et subjectivités sont si fortement intriquées qu’il est impossible d’assurer une vérité en la matière. Néanmoins, pour entrevoir les fondements des pratiques, il est fort utile de chercher l’inspiration  profonde des gestes : «  marcher, sentir, voir, cueillir, porter, conserver, sécher, utiliser ». Mariages des infinitifs et des répétitions dans l’impermanence du temps.
A partir de là, nous pouvons engager une réflexion concernant la convergence de nos actions et de nos attachements. Alors se distingue un univers entier dans sa variation écologique et sur une durée très longue, soumise à tous les aléas imposés par les circonstances.
 
   La simple, l’unique, celle qui ne vivra qu’une fois, sera là pour nous, pour quelqu’un d’autre ou pour personne, c'est-à-dire pour la terre entière. Cette plante, dans son destin tragique ou fabuleux portera la somme des réserves mentales des traditions. Nous la retrouverons sur la planche botanique d’un herbier, par le trait de crayon d’un naturaliste,  par l’effeuillage amoureux d’une fleur fossilisée sur les parois d’une roche,  ou encore trèfle à quatre feuilles soigneusement placé à la première page  de l’Evangile de Jean, ou par un enfant dans un livre de leçons de choses.
Enfin, cette plante commune dans sa simplicité abondera et viendra atténuer ou éteindre la souffrance et la maladie. Elle sera là,  à l’instar d’Achille prodiguant les premiers soins sur le champ de bataille, mais sa pertinence vitale irisera le corps concerné, l’amitié même dont elle porte le cœur. Goût simple, odeur fade, fleur trempée, cette petite eau ondoyante et tiède redevient source de la bonté d’une mère, d’un grand-père, d’un frère.
 
       Réfléchir à l’usage, c’est élargir la vision à l’ensemble des pratiques, c’est intégrer les découvertes les plus récentes en matière de chimie ou de physique sans se départir des connaissances populaires. L’histoire des plantes est un long chemin d’initiations, de rencontres et de découvertes qui soutiennent un progrès à destination de toutes sortes de maux.
 
     Un herboriste considère que la plante est vivante, disponible, avec toutes les synergies possibles. Sèche, stockée pendant des mois, elle conserve une part de vitalité indéniable,  par les minéraux, les principes actifs qu’elle  a cristallisés, mais aussi par son énergie propre. Ces points ne constituent pas seulement dans l’inconscient collectif des qualités, de poisons ou de nutrition, mais dans l’usage populaire,  beaucoup de soins premiers relèvent de l’observation et de l’utilisation  empiriques, que la science souvent confirme. Le bon sens est à la fois conscience, pondération, discernement et pratique.
 La sensation éprouvée après la consommation d’une infusion apporte une première réponse. Sentiment de bien être que l’on  qualifie par toute   l’amplitude  du vocabulaire approprié : vomitique, cordial, bechique et tant d’autres.
En effet, l’infusion dans la diversité de ses propositions, par son amertume, son astringence, sa douceur va nous saisir corporellement et agir le plus souvent avec efficacité. Un goût suave, voire insipide, devient également une interrogation-réponse qui peut nous entraîner vers le sommeil ou la stimulation. Quant aux infusions considérées comme ordinaires, elles peuvent, à l’image du tilleul, nous engager vers un ressouvenir essentiel, une splendeur agissante. Une véritable individuation où les émotions intimes éprouvées par la personne sont tout à coup rassemblées dans une tasse. Cette mémoire vivante mobilise pour notre  bien, l’action, la célébration ou le partage. Cette médecine douce ne peut conserver son titre que lorsque les plantes sont utilisées à bon escient.
 
     Evoquer la tisane, c’est également aborder la question de la ressource. L’augmentation de la population mondiale induit de facto une consommation de matière végétale qui épuise la ressource spontanée. Notre prise de conscience de  l’avenir de la plante sauvage, de sa protection et de sa consommation est indispensable pour mettre en place des protocoles, des chartes et des attitudes qui permettront aux cueilleurs professionnels ou du Dimanche de les prélever avec discernement. Certaines plantes sont rares ou en voie de disparition, il convient donc soit de les adapter en vue de leur production agricole soit de les remplacer par d’autres espèces plus abondantes.
Le métier de cueilleur a beaucoup évolué au cours des cinquante dernières années. La récolte de plantes sauvages était une activité à caractère familial, nommé  dans le code rural comme « menus produits », en général vendus auprès de collecteurs qui achetaient souvent pour un prix modique ces matières premières issues du monde rural. Chacun à sa mesure travaillait à ces cueillettes, souvent sur les biens de sections, les communaux.  Les mondages, les séchages, étaient assurés à la ferme, tous contribuant à cette économie au service de la famille. Les questions de rareté, de rendement, de protection de l’espace étaient liées à la coutume.
 
      Aujourd’hui, il en va tout autrement. La masse de matière première que le marché demande implique des méthodes de cueillette, de séchage, de collectage qui conduisent à la professionnalisation afin d’éviter les ramassages aveugles. Les conséquences sont parfois dramatiques car certaines pratiques conduisent,  hélas, à l’éradication d’espèces et à la destruction collatérale des milieux.
La notion de terroir confère à la plante, outre ses caractéristiques biologiques et phytothérapiques, une dimension culturelle qui ne relève pas de l’analyse phytochimique. Le rapport au sol induit une mémoire que nous retrouvons vive dans le lien au corps.
Cueilleurs et  producteurs sont des personnes  engagées pour servir à la fois leurs clients et les plantes. La cueillette écologique certifiée est une nécessité pour garantir traçabilité et pérennité. Veilleur, la vigilance doit être une des marques de l’activité du ramasseur, reconnu et considéré à juste titre. Les acheteurs prennent conscience que ce métier nécessite une rémunération correcte afin qu’il soit  assuré dans les meilleures conditions possibles.  L’esprit de protection de la diversité floristique dépasse le monde associatif ou professionnel. Protéger la plante, c’est protéger l’homme. L’écosystème, le biotope, participent à la prise de conscience du « phénomène humain » et de son empreinte anthropique.
 
    Ces métiers durs, pluridisciplinaires, imposent beaucoup de ténacité, de courage physique, de connaissances. La prise de conscience par le consommateur de la valeur universelle de cet engagement est un élément prépondérant dans ses choix, clés de l’avenir.
La  consommation de plantes doit s’orienter vers l’agrobiologie. La plante est soumise à toutes formes de pollution que lui inflige l’agriculture industrielle ou le contexte environnemental dramatique qui la détourne de son objectif  de santé. Nous constatons avec beaucoup d’inquiétude que le bruit de fond de la pollution pesticide-insecticide qui se retrouve à l’échelle mondiale n’épargne aucun territoire. Il faut donc s’engager avec détermination vers des productions agro-écologiques qui limitent la problématique des résidus. A ce titre, à la fin des années soixante-dix, sur mon exploitation agricole, j’ai mis en place un programme de développement de « favorisation d’espèces » permettant d’allier vie sauvage et production. Ce signal, à l’époque passé inaperçu, participait des initiatives et des recherches pour faire évoluer nos méthodes, nos pratiques et bâtir un projet de consommation différente.
(Pour cela, à cette époque,  j’eus le privilège de recevoir des mains de Jean-Marie Pelt le prix de la Fondation de France).
 
      La récolte manuelle ou mécanique doit être réalisée avec soin. La plante ramassée au stade attendu impose un  séchage optimisé,  restituant ainsi une valeur la plus équilibrée possible.
 
       Adapter les nouvelles technologies, réfléchir sur la traçabilité et utiliser  les connaissances et compétences reconnues,  nous permettent d’améliorer les récoltes. Le séchage doit éviter la surexposition solaire et les manipulations trop fréquentes. La protection contre les insectes et les parasites, contre les moisissures demande des précautions élémentaires, et notamment la lutte biologique intégrée. Les formes d’impuretés qui peuvent se retrouver à la surface des plantes sont éliminées par le  mondage, la coupe et le tamisage.
 
      Le marché des plantes en France aujourd’hui progresse à grands pas : cosmétique, pharmacie, agro-alimentaire, usage vétérinaire, phytothérapie, aromathérapie….tout concourt à l’expansion de la consommation. C’est pourquoi il est impératif qu’une prise de conscience relayée par tous les acteurs de la filière nous conduise à une gestion raisonnable de cette réserve de vie. Notre admiration pour ces métiers difficiles  passe par la reconnaissance de ce qui fonde l’avenir des plantes médicinales et aromatiques. Il en va de notre crédibilité auprès de ceux qui nous font confiance. Dans ce sens,  j’espère que bientôt un diplôme d’herboriste pourra enfin revoir  le jour afin de répondre à la demande du public, qui attend des plantes de bonne qualité, certifiées, et que la promesse soit tenue.
 
      La plante concentre à la fois le rationnel et l’irrationnel, le merveilleux et le pratique, le symbolique et le mythologique, le spirituel, le quotidien. Depuis le lien esthétique qui lie la plante sauvage dans son milieu naturel au geste du cueilleur, jusqu’à la personne qui avec soin préparera une infusion, servie avec une bienveillante patience, éclairée par la lumière du soir, tout ce chemin conforte notre interdépendance à ce que nous appelons aussi la beauté.
La circulation de la connaissance, dans les sociétés sans écriture, comme dans l’apprentissage sur les bases du savoir écrit, la transmission des savoirs participe de la vie  même. Il faut se souvenir que bien souvent, les prescripteurs populaires demandent à leur patient de chercher autour d’eux dans ce qui est à porté de leur main, les plantes dont ils ont besoin.  Il s’agit là à la fois d’une entendement symbolique et d’un geste parfaitement pratique et en concordance avec la pensée qu’une plante et une personne se côtoient autour des mêmes énergies, des mêmes circonstances, des mêmes chemins.
Une bonne infusion, c’est l’harmonie de toutes ces cohérences, c’est l’intention et  le partage. Car de la qualité de l’arôme, parfois de la fadeur, apparaitront réconfort et chaleur, bienfaits de toutes sortes. La plante se dresse contre ces temps dépressifs et superficiels avec son humble présence. La tisane conjugue famille et affection, solitude et pensée, souffrance et réconfort.
     Décrire le savoir d’aujourd’hui, à destination de l’usage au quotidien, voilà le chemin qu’empruntent les auteurs de ce livre.
Enfin, à la lumière de mon expérience et du compagnonnage des simples, ainsi que de l’amitié d’êtres si différents qui expriment la diversité des approches tels qu’Albert Gazier, Jean Valnet, Maurice Mességué, Jean-Marie Pelt, Pierre Lieutaghi, Clotilde Boisvert, j’ai rédigé ce texte dans un souci d’associativité et  de sensibilisation.
 
     La cosmologie de la plante, comme son ancrage le plus sommaire dans les arcanes de la Terre, sont des signes qui nous invitent à chercher des réponses renforçant nos intuitions d’enfance. Une infusion, c’est une mémoire de l’immense bibliothèque végétale, du chemin parcourut par la source, par la pincée de feuilles ou de fleurs  à travers le temps qui nous a précédé et nous devance. Notre espérance d’un bienfait nous permet de mieux voir le Monde. La plante est une manifestation de la réalité qui humanise, elle nous offre avec sa modestie, le don précieux de la beauté.
 
 
                                                                                     Jean Maison
                                                                                     Février 2017