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Réflexions sur la ressource et la provenance des plantes médicinales et aromatiques.


Introduction :

Je ne prétends pas ici en quelques lignes faire une présentation complète d’un sujet dont la portée et l’immensité nécessiteraient le rassemblement de nombreuses études portant sur l’économie, l’archéologie, l’histoire et l’ethnobotanique. Je me propose simplement d’observer quelques  éléments et de proposer une réflexion qui permettra, je l’espère, une approche générale concernant la production, la cueillette, la provenance et la qualité des plantes médicinales. Ceci dans le but de défendre et d’illustrer cette merveilleuse profession.
 
I
 
Chaque plante médicinale et aromatique que nous consommons porte une histoire qui lui est propre. Le chemin réalisé entre son milieu naturel ou sa culture est parfois considérable tant en kilomètres que d’un point de vue technique. Mais surtout, à l’origine de sa récolte, il y a une femme ou un homme dont le métier, accessoire ou permanent est  la cueillette de plantes sauvages ou la récolte d’une production agricole.

Durant des siècles, la cueillette des plantes s’est inscrite dans une économie rurale autosuffisante, depuis la recherche de la nourriture quotidienne : champignons, fruits, graines, fleurs incluant le séchage dans le but du stockage et d’un usage étagé en fonction des besoins au cours du cycle des saisons. Les plantes étaient également ramassées et associées à des rites religieux, chamaniques ou magiques marquant les grandes étapes de l’existence humaine, avec le cortège des lieux, des habitats, des outils adaptés à ces travaux.

Peu à peu, à partir d’une économie autarcique se sont développés des échanges  sur la  base de la nécessité, de la coutume, de la tradition. Ces trocs, ces commerces  se sont établis entre des populations de plus en plus lointaines jusqu’à l’établissement de comptoirs élaborés, structurés, organisant des filières avec des prix évalués en fonction de la rareté et de l’objectif médical ou alimentaire des plantes concernées, ces dernières devenant parfois une monnaie d’échange.
 
II
 
Jusqu’au début du XXème siècle, en fonction des évolutions  techniques et historiques, s’est maintenue une économie  relativement stable autour de ces « menus travaux ». Le type industriel qui caractérise la période moderne a modifié radicalement la production des plantes aromatiques et médicinales. Les dernières grandes récoltes connues à l’échelle populaire se sont manifestées, notamment  dans les écoles, où les élèves récoltaient des plantes suivant les régions (tilleul, monotrope….) et dont les produits séchés dans les écoles même étaient vendus à des collecteurs qui organisaient ramassage et regroupement pour les herboristes en gros.

Chaque région avait ses particularités et travaux de cueillette principalement pratiqués pour le mondage par des femmes, des personnes âgées, des jeunes gens, des enfants,  complétant ainsi  leurs revenus dans une économie de subsistance. L’appoint obtenu ne tenait pas compte d’un taux horaire du travail, mais de la valeur proposée par l’acheteur, ce qui modulait le revenu en fonction du temps disponible et des capacités de chacun, dans le principal souci de consolidation des revenus de la famille.

Ces tarifs étaient bas, mais peu contestés. La matière première, étant considérée comme offerte par la nature, ne demandait aucun  autre soin que le ramassage. Cette question, nous le verrons plus tard, reste encore ancrée dans la mémoire collective, ce qui n’est pas sans poser problème pour les professionnels de la cueillette, comme pour les ramasseurs occasionnels, qui considère bien souvent l’espace naturel comme libre et disponible.

La diversification des cueillettes en fonction des climats, des territoires et suivant la grande variété floristique était en action partout, ce qui permettait des récoltes variées et nuancées avec des parties de plantes très spécifiques, et très exigeantes dans le ramassage comme le bouton d’aubépine, la fleur de violette, la fleur de prunellier…. Des professionnalisations s’établirent très tôt au niveau des collectages et de la diffusion des plantes. Quant à la récolte, des cueilleurs plus expérimentés ou des communautés prirent en charge des secteurs de cueillettes très régionalisés : lichens, gentiane, narcisse etc. …

Au fur et à mesure que les volumes d’achat furent importants, ces compléments d’activité devinrent des appoints non négligeables. Chacun pouvait participer à cette économie en fonction du travail fourni dans un cadre précis (domaines privés, communaux, biens de section, friches et jachères….) tenant compte de son appartenance territoriale, de sa légitimité, de ses moyens de déplacement et de stockage.

Cette économie s’est modifiée avec le temps et l’évolution quantitative de la demande, ainsi que par  la structuration des filières nécessaires pour alimenter le marché. La mise en culture fut la première cause de réduction de l’activité de récolte de plantes sauvages. La réduction et la professionnalisation, la spécialisation des exploitations en fut la deuxième conséquence ainsi que la confrontation avec une nouvelle économie où la rentabilité nécessaire excluait d’office les plantes gourmandes en temps et en mains d’œuvre (de moins en moins disponible et motivée).Les cours de plus en plus bas, à l’exception de quelques plantes ont favorisé l’importation massive des matières végétales et l’accélération des besoins en volumes ont conduit les négociants à développer également l’importation des plantes communes (je ne parle pas ici du commerce du thé ou des épices mis en place depuis déjà bien longtemps).
 
III
 
Ce constat fait, le ramassage des plantes s’est fortement marginalisé et la production s’est transformée en  cultures  spécialisées, usant de tous les outils de l’agriculture pour accroitre rendements et revenus ainsi que garantir auprès des acheteurs les volumes contractualisés ou non. La recherche a favorisé également des variétés plus productives  tant au niveau de la masse végétale que des teneurs en principes actifs. Nous arrivâmes donc à la fin du XXème siècle en France avec un déficit de production nationale absolument considérable.  De fait, la perte progressive des savoirs, le transfert plus ou moins efficace des connaissances d’un monde agricole très malmené économiquement vers des nouvelles générations attirées par cette profession mais coupées des racines traditionnelles, des savoirs empiriques ou des bases essentielles de l’agriculture ,entraina de fait  une rupture.le développement accru de matières premières exotiques et les nécéssités industrielles augmenta notre dépandance internationnale.

Le développement de médicaments ou de cosmétiques de synthèse et leurs succès économiques ont contraints la phytothérapie traditionnelle et les soins premiers a se marginaliser. Une allopathie très opérationnelle, très structurée par des professions,confiantes à bon droit, dans ces ressources qu’offraient pour la santé humaine ces nouveaux progrès. Il y a peu encore, on évinçait  les usages traditionnels de la phytothérapie, les reléguant avec ironie parfois aux apothicaires incompétents des comédies populaires. Il est vrai que de nombreux combats contre la maladie ont été remporté par l’évolution  des sciences médicales, que l’espérance de vie a été allongée, que l’hygiène corporelle et alimentaires ont été  à la source d’une amélioration considérable de la santé, notamment en Europe.  Mais dans l’euphorie de la « victoire », les institutions publiques et les services de santé ont abandonné les modes traditionnels de soins populaires, les traitants souvent avec mépris au profit d’une seule réponses aux questions soulevées par la santé humaine. Ce faisceau d’abandons a concentré la récolte des plantes vers l’alimentation, la parfumerie, les liquoristes, les feuillagistes et les plantes médicinales et aromatiques réduites comme  peau de chagrin. La pharmacie de son côté poursuivait ses consommations de matières premières végétales à des fins d’extraction avec l’objectif pour une multitude de raisons avancées de parvenir à la synthétisation des principes recherchés.

IV
 
La disparition annoncée depuis les années trente du diplôme d’herboriste pris forme en 1942 et c’est toute une profession déjà en déclin qui poursuivait son chemin inexorable vers l’extinction. Les cueillettes populaires, néanmoins toujours vives alimentaient les derniers herboristes, les rebouteux et participaient à l’automédication, notamment dans les campagnes. Tout ceci était sans compter  sur une réaction de certaines populations ne pouvant se résoudre à se séparer de leurs traditions et de l’instinct profond qui les unissait à la plante et à l’univers végétal.

Les générations successives « du retour à la terre, du retour aux sources » ont été les fers de lance d’une prise de conscience  à propos de la nécessité morale et culturelle de retrouver les usages traditionnels, principalement les tisanes, à la fois pour des considérations de santé, de bien-être. par ailleurs un certain nombre de chercheurs en ethnopharmacie  debutaient un travail  en direction des ressources fondamentales du savoir populaire  pour trouver de nouveaux principes actifs capables d’apporter des réponses en face de certaines affections. Au cours de ces années, ce sont succédés de grandes figures de la phytothérapie, qui en puisant dans les travaux des maîtres du XIX et du  début  du XXème siècle, ont bâtit le renouveau de  ces médecines naturelles  qui depuis son devenues partie intégrante des comportements de beaucoup de personnes en matière de prévention et de soins.
 
V
 
Pour mettre en œuvre ces sciences médicales ou diététiques il a fallu trouver alors des ressources végétales importantes. Une nouvelle économie s’est constituée avec des organisations professionnelles, des associations, des entreprises. En même temps,  une prise de conscience concernant l’apport de l’agriculture biologique et les récoltes écologiques ont orienté de façon décisive de nouvelles générations.

A partir des années 1930 un nouveau courant de pensée s’est développé en France et en Europe face au développement de plus en plus intrusif de la chimie de synthèse dans l’agriculture. L’impact démographique des deux grandes guerres mondiales sur le milieu agricole a été terrible. La régression de plus en plus importante des paysans et la nécessité d’alimenter des populations urbanisées et en forte croissance ont conduit les exploitants agricoles à moderniser et à utiliser de nouvelles techniques (herbicides, pesticides, fongicides, engrais de synthèse). Face à l’euphorie d’une agriculture industrielle et en opposition à une paysannerie à qui l’on avait reproché pendant longtemps de ne pas avoir évolué, l’agriculture moderne a accompli le rôle qu’elle s’était assignée : nourrir les populations. Très tôt des voix se sont élevées pour dénoncer les risques que faisaient courir un tel développement sur la qualité des aliments et les conséquences redoutables sur l’environnement : sols, eau etc… La dérégulation engendrée par cette modernisation rapide a produit des effets qui n’avaient pas été envisagés.

Ce sont les pionniers de l’agriculture biologique qui engagèrent une véritable course vers la prise de conscience qui traverse aujourd’hui notre société, replaçant l’impact des activités humaines à l’échelle d’une écologie mondiale sur plusieurs générations.

Les producteurs de plantes médicinales , furent parmi les premiers à s’investir dans cette aventure. En effet, dans ce secteur d’activité sensible  certains ont pris conscience des conséquences de ces pollutions induites et des résidus impactant de façon négative voire désastreuse, les préparations et les infusions que le public était amené à consommer. Il faut se souvenir de ce titre proposé par une association de consommateurs il y a plus de trente ans déjà : « une infusion aux pesticides » qui faisait ressortir l’impact des résidus dans nos tisanes (après analyse d’un certain nombre de lots).

En même temps, une prise de conscience mondiale induisait une action réglementaire en matière de protection de la flore et de la faune sauvage. Dans une grande quantité de pays, au fur et à mesure des années, et à travers la création d’organismes d’état ou d’associations, et un peu plus tard, des régions, se constituait une trame réglementaire permettant de distinguer les espèces menacées, les inventaires scientifiques et à travers ces différents organismes locaux ou nationaux, de construire une protection nationale ou régionale.

Aujourd’hui nous aboutissons à une géographie botanique extrêmement élaborée donnant lieu à des listes précises et des règlementations notamment des récoltes. Il reste là encore beaucoup de travail à faire pour adapter et articuler les nécessités de la protection et les nécessités des activités humaines.

A ce titre l’AFC (Association Française des Cueilleurs) s’est mise en place pour favoriser le dialogue entre les différents partenaires dans l’intérêt de chacun et dans la protection de la biodiversité.
A suivre...
Jean Maison

 
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