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Réflexions sur la ressource et la provenance des plantes médicinales et aromatiques partie 2.

Réflexion sur la ressource et la provenance des plantes médicinales et aromatiques. (2ème partie)
Dans la première partie de mon exposé, j’ai proposé d’observer quelques éléments relatifs à l’histoire de la cueillette ainsi qu’une réflexion qui permettra, je l’espère, une approche générale sur la provenance des plantes médicinales et aromatiques.

Cette seconde partie est consacrée au travail préparatoire réalisé par l’AFC (Association Française des Cueilleurs ) dans le cadre de la réalisation prochaine d‘une charte nationale de cueillette professionnelle de plantes sauvages.

Afin de lancer le projet de charte, une pré-étude a été engagée dont les points principaux sont les suivants :
  1. Travail technique sur la cueillette commerciale de plantes sauvages en France. Réflexion sur la valorisation de la biodiversité et l’essor des produits naturels de base végétale.
  2. Professionnalisation des cueilleurs de plantes sauvages, enjeux du métier et attentes des professionnels de la filière.
  3. Valorisation la flore sauvage locale : enjeux de gestion des ressources et des milieux et développement territorial.
  4. Appréciation des instruments réglementaires et incitatifs, susceptibles d’encadrer les activités de cueillette
  5. Eléments pour la conception de la charte.
L’Association Française des Cueilleurs est un groupement mis en place par des professionnels soucieux de préserver les ressources naturelles et de proposer des plantes de haute qualité. Créée en septembre 2011, l’AFC propose de débattre des enjeux relatifs au métier de cueilleur. Elle regroupe environ 80 membres, répartis sur toute la France, représentant une grande diversité de statuts et de méthodes de travail, de volumes traités et d’objectifs.

En rassemblant les professionnels de la cueillette, l’AFC recherche à assurer également une visibilité de la profession auprès des pouvoirs publics et des structures de développement local et de protection de la nature.

L’association cherche à diffuser de bonnes pratiques de cueillette auprès des professionnels et à favoriser une cueillette commerciale compatible avec la pérennité des ressources.

Ses objectifs, tels qu’ils sont définis dans ses statuts, sont d’une part, de recueillir et de partager les savoir-faire relatifs au métier de cueilleur afin d’élaborer une charte d’éco-cueillette et un guide de bonnes pratiques.

Il s’agit également de collaborer plus activement avec le système de formation destiné à l’apprentissage du métier de cueilleur. L’AFC souhaite être associée à l’élaboration des contenus pédagogiques et à l’enseignement théorique et pratique au sein des structures de formation d’ores et déjà existantes ou en création.

De plus, l’AFC s’impliquera auprès des institutions et structures pertinentes afin de développer de bonnes pratiques de cueillette et contribuer ainsi à la reconnaissance de la profession.

D’autre part, l’association souhaite collaborer à des projets de recherche scientifique sur la problématique de la gestion et de l’utilisation durable des plantes sauvages.

Enfin, l’AFC souhaite favoriser l’implication des professionnels de la cueillette dans les missions de gestion des espaces naturels et agricoles. Cet axe permettra d’organiser la concertation entre les cueilleurs.  

La pré-étude réalisée en 2013 a pu être conduite grâce au concours du Ministère de l’environnement. Elle est le support principal du présent article.

1) Travail technique sur la cueillette commerciale
La demande croissante de plantes aromatiques et médicinales dans les domaines les plus divers (pharmacie, cosmétique, phytothérapie, aromathérapie, agro-alimentaire…) conduit à une récolte et à une pression de plus en plus importante sur les plantes sauvages. Cet accroissement spectaculaire à travers le monde est également ressenti en France. Une coordination par l’ensemble des acteurs de la filière est désormais nécessaire. Cela passe principalement par une gestion responsable de la ressource.

Pour cela, nous devons d’établir des éléments techniques intégrant des paramètres parfois contradictoires qui associeront le respect de la biodiversité, la qualité des plantes ramassées, la valorisation économique du travail à une bonne gestion de la traçabilité.

La prise de conscience d’une rationalisation des récoltes effectuées sera plus évidente à travers l’engagement des nouveaux venus vers cette profession dans le cadre d’une charte : moyen incitatif de prévenir les conséquences néfastes de la surexploitation et de garantir aux producteurs un revenu juste et équitable.

La cueillette maîtrisée dans l’ensemble de ses phases est un moyen d’agir sur une bonne gestion de l’écologie des territoires, d’avoir un impact limité sur la faune ainsi que sur le renouvellement des espèces. Nous espérons fortement que les efforts que nous faisons pour conforter un bon équilibre de la ressource permettront notamment aux transformateurs, de valoriser leurs choix d’approvisionnements local et national.

En effet, nous constatons que les consommateurs sont de plus en plus sensibles à l’origine et à la qualité des produits à base de plantes. Ils le sont également quant à l’équilibre économique qu’ils souhaitent voir maîtrisé entre les différents acteurs. Cela permettra notamment de pérenniser des activités traditionnelles dans le cadre d’une économie responsable et de maintenir, à travers une bonne gestion du territoire,  la biodiversité dans son ensemble.

2) Participer à la professionnalisation des cueilleurs
L’AFC souhaite représenter la diversité des formes d’exploitation des plantes dans la mesure où elles sont respectueuses des principes généraux de la profession. Elle s’engage également à défendre auprès des différents acteurs (collectivités publiques, pouvoirs publics, négociants et laboratoires) une cueillette commerciale respectueuse des milieux, des ressources, et contribuer à valoriser les territoires ruraux.

De fait, nous espérons intégrer des comités consultatifs, afin de proposer nos points de vue sur la situation de telle ou telle espèce et d’être, si nécessaire, des lanceurs d’alerte sur des sites menacés.

En effet, il faut signaler que la ressource est menacée principalement par des activités non-liées aux pratiques de cueillette. Les cueilleurs savent, par expérience, qu’ils sont gestionnaires d’un espace dont ils sont inter-dépendants, et donc responsables.

Les menaces principales sont l’urbanisation galopante, y compris celle de certaines zones rurales, l’intensification agricole et ses méfaits collatéraux et les diverses pollutions aussi néfastes pour l’eau  que pour l’air.

Nous espérons ainsi être considérés avec plus d’attention sur les territoires où nous exerçons. De plus, notre présence vigilante peut se révéler salutaire dans le cadre de menaces exercées dans les espaces naturels où nous travaillons.

3) Valoriser la flore sauvage locale
De nombreux acteurs sont concernés par les enjeux de la cueillette et de son développement : les administrations centrales, en particulier le Ministère de l’écologie (avec qui l’AFC a engagé le projet de pré-étude de la charte de cueilleur), les collectivités territoriales (notamment dans la gestion des parcs régionaux), les organismes à caractère scientifique axés vers l’environnement et l’écologie, les organismes de développement scientifique et technique et de protection de la nature, ainsi que les entreprises de négoce et de transformation.

La cueillette de plantes sauvages peut permettre la valorisation des territoires ruraux. Elle peut favoriser un développement économique spécifique sous réserve que la coordination des acteurs le permette.

De façon à encourager le développement et la valorisation de ces plantes, il est important de connaître à la fois, la diversité des pratiques de cueillette et l’évaluation des potentiels.  Une analyse des besoins en volumes exprimés par les transformateurs permettrait des réponses pertinentes.

La création d’un Guide des Bonnes Pratiques mis à la disposition des adhérents de l’AFC rendra plus facile la recherche d’informations, en particulier sur la saisonnalité, les parties de plantes utilisées, les modes de séchage ou de transport, etc…

En s’appuyant sur les travaux précédents, notamment réalisés dans les PNR et par certaines structures professionnelles, l’AFC va proposer un cadre pratique permettant aux cueilleurs de poursuivre dans la voie d’une cueillette responsable. Ce cadre réglementaire donnera l’ensemble des garanties dont la filière a exprimé le besoin.

4) Cadre réglementaire
Comme nous l’avons vu précédemment, l’activité de cueilleur est ancrée dans l’histoire des hommes et a toujours accompagné le développement humain, souvent en parallèle avec l’agriculture. Le mode de prélèvement est par essence et par bon sens, proportionnel aux besoins des populations. Aujourd’hui, cette question doit être réexaminée à l’aune des quantités nécessaires et des impacts induits.
La charte impliquera une plus grande connaissance du cadre réglementaire dans lequel s’exerce cette profession, elle permettra ainsi d’inscrire l’action des adhérents de l’AFC dans la stratégie nationale pour le maintien de la biodiversité.
La charte permettra ainsi de valoriser et d’encourager les bonnes pratiques.

5) Eléments pour la conception de la charte
La charte permettra aux professionnels de ce secteur de s’engager à travers les codes de bonnes pratiques, à produire une qualité et une traçabilité dans le respect de la biodiversité et de la pérennité de la ressource. En fédérant les cueilleurs autour de cette charte, nous créerons un moyen de coordination des actions mais également d’enrichissement mutuel par la connaissance des pratiques et des méthodes pouvant concerner le plus grand nombre dans le respect des identités de chacun.

Les principaux objectifs de la charte sont les suivants :
  • Protéger les ressources végétales sauvages dans le respect des réglementations en vigueur,
  • Garantir la qualité des matières premières et leur traçabilité,
  • Favoriser une rémunération conforme à la charge de travail des cueilleurs,
  • Former et documenter les cueilleurs.
6) Conclusion
Le travail entrepris par l’AFC permettra de construire un document de référence pour tous ceux qui sont engagés dans l’univers des plantes de cueillette. En premier lieu, les cueilleurs eux-mêmes, à qui cette charte donnera un repère essentiel qui manque aujourd’hui.

Cette charte sera également utile à nos partenaires des institutions publiques et des collectivités territoriales, puis enfin aux industriels, aux structures commerciales et à l’ensemble de la filière dont le développement et la communication passent par une bonne gestion de la ressource.

Cela permettra de garantir au public et aux consommateurs une qualité de travail dont la considération participera au choix final lors de l’achat. Cette charte sera fédératrice et le point d’appui essentiel des cueilleurs qui s’engageront à la respecter.
L’ensemble des efforts fournis aujourd’hui par les professionnels de la cueillette commerciale, respectueuse des territoires et des ressources, est un signe très encourageant pour l’avenir.

Jean Maison
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