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le comptoir d'herboristerie

Vente en ligne de plantes aromatiques et médicinales,
de tisanes et d’infusettes biologiques.

Plantes et territoires : Une économie écologique au service des Hommes et de la Terre*

« Maintenant derrière le hangar écoute le cri que tu n'entendais pas, le noir cri des aromates, mais il fallait vivre ».(1)

I

Le poète Jean Grosjean dans Nathanaël a discerné la confusion naturelle de nos aspirations, de nos gestes et de leurs conséquences, notamment envers l'espace végétal. Ce court extrait de poème en montre toute l'étendue.

Voilà 43 ans que j'ai le privilège de travailler dans l'univers de l'herboristerie. J'ai été cueilleur, producteur, négociant. Depuis la première heure, engagé en agriculture biologique et en cueillette de plantes sauvages écologiques au cœur du massif des Monédières en Corrèze. Vers le milieu des années 70, avec les pionniers de Nature et Progrès et en Allemagne avec les diffuseurs de la Biodynamie, j'ai eu la chance de recevoir les bases qui fondent ma pratique. J'ai rencontré pharmaciens, herboristes, marchands, collecteurs, agronomes, courtiers, paysans de France et du monde entier.  J'ai eu la chance de cotoyer des personnalités exceptionnelles et diverses parmi celles qui nous ont quittés telles que Albert Gazier, Philippe François, Jean Valnet, Maurice Mességué, Jean-Marie Pelt et bien d'autres qui m’ont engagé vers la lecture des trésors de la littérature concernant les plantes, m'ont permis d'apprendre ce métier, m'ont donné du travail ou m'ont soutenu dans mon aventure.  Mon expérience me conduit jusqu’à vous pour essayer de témoigner en faveur du projet de diplôme d’herboriste et des bienfaits qui en sont attendus.

Le fond des choses.

L'herboristerie symbolise aujourd'hui, peut-être plus que jamais l'exemple d'une valeur immatérielle ancrée dans une pratique populaire qui, certes, produit un commerce important, mais surtout un échange ayant pour base une intuition profonde où se mêlent archétype humain et conscience de notre interdépendance avec le monde végétal.

Le marché vieillissant d’après-guerre a été entièrement renouvelé pour plusieurs raisons. En premier lieu, l'impopularité de la loi du 11 septembre 1941, supprimant le diplôme d'herboriste, mais pas l'étendue de la résistance des valeurs traditionnelles. Il en a suivi une prise de conscience progressive. Puis l'intérêt primordial des infusions a réintégré dans le quotidien, le rapport au monde végétal, la réflexion autour des excès de l'industrialisation de l'alimentation de certains modes de vie et de leurs conséquences multiples.

La plante la vie.

 « Depuis la révolution industrielle, nous avons brutalement mis en œuvre des stratégies drastiques, sans grande considération pour leurs impacts sur notre environnement et notre santé. »

 Jean-Marie Pelt.(2)

J'ai fait de « la plante la vie » la devise du Comptoir d'Herboristerie.

Citant Pythagore, Gérard de Nerval nous signalait déjà dans « Vers dorés » « tout est sensible ». La recherche d'aujourd'hui, à l'image de Stéphane Mancuso nourrit nos interrogations. Nous sommes plus que jamais dans l'ignorance ou la circonspection. C'est d'ailleurs ce qui nous permet, je l'espère, de nous humaniser. Il ne s'agit pas pour moi ici d'encourager à une quelconque idôlatrie sectaire ou à revenir à une pensée régressive, mais il est nécessaire de prendre en compte l'ensemble de nos connaissances les plus avancées, dans un esprit de progrès, et d'amélioration de nos pratiques de production, de cueillette, de transformations et d'usages, en tenant compte d'une donnée complémentaire. La vie des plantes est plus complexe qu'il n'y paraît.

Territoires et terroirs

Le territoire national est constitué, pour ce qui concerne l'espace agricole, de 29 millions d'hectares, soit 54 % de la surface totale.

La France dispose d’environ 40 000 hectares de plantes médicinales en métropole. La production française est en constante augmentation depuis 10 ans, dont plus de 8 000 hectares en agriculture biologique, avec une progression de 16% par rapport à 2016, soit 20 % des surfaces totales en plantes. Le nombre de cueilleurs certifiés est approximativement de 8000. Pour les autres cueilleurs, nous n'avons aujourd'hui aucun chiffre. La moitié des surfaces en plantes certifiées en agriculture biologique et conventionnelles se situe dans 3 départements : la Drome, le Vaucluse et les Alpes de Haute Provence, mais chaque région possède en son sein des trésors historiques liés aux productions locales. Citons la gentiane d'Auvergne, la bruyère de Corrèze, la menthe poivrée de Milly la Forêt, la camomille romaine de Chemillé, la mauve du Nord, le thym des Alpilles, le tilleul des Baronnies etc….

Les exportations françaises sont principalement dirigées vers les pays européens (environ 75 %). On considère aujourd'hui que la marge de progression est considérable. Il s'agit pour les professionnels, de tout mettre en œuvre pour assurer un développement national raisonnable, tout en sachant que la disparité entre les acteurs et les méthodes de production et de cueillette est importante.

La France importe et depuis très longtemps des milliers de tonnes de plantes par an. La croissance de la consommation est exponentielle : herboristerie, cuisine, alimentation, pharmacie, homéopathie, cosmétique, compléments alimentaires, parfumerie, aromathérapie, produits vétérinaires, produits d'entretien, produits phytosanitaires.... L'intégration des plantes dans toutes ces fabrications nous conduit aujourd'hui à des importations croissantes. Malgré les efforts fournis depuis des années, nous avons encore beaucoup de chemin à faire pour parvenir à améliorer l'équilibre entre production française et import. L'importation sera toujours nécessaire, il n'est pas envisageable de produire de la badiane en Limousin. Néanmoins le public demande, à juste titre, plus de traçabilité, plus d'explications sur les moyens de production et les conditions d'obtention des plantes, tant sur le plan social qu'écologique.  il souhaite favoriser les productions françaises métropolitaines ainsi que celles des territoires d'outre-mer.  Mais dans quelles conditions techniques et écologiques ?

Aux professionnels de trouver les moyens de relever ce défi.

En effet, la France dispose d'un patrimoine végétal exceptionnel, de zones de productions adaptées pour telle ou telle plante. La qualité intrinsèque est liée à la nature du terroir, aux conditions climatiques, au mode de production et de récolte, au savoir-faire des producteurs et des transformateurs. Le public aujourd'hui appelle de ses vœux une justification de l'origine. Certains utilisateurs de tisanes ne sont pas seulement des   consommateurs de produit, et « sans vouloir en  faire trop », je dirais qu'ils sont à la recherche d'une mise en relation entre eux et « les plantes ». Au-delà de l'effet espéré, aromatique ou médicinal, la tisane forme avec une modestie efficace, un lien avec l'essence des choses, ce dont nous sommes de plus en plus privés.  La tisane est aujourd'hui un terme du subtil que nous recherchons. Une mise en lien avec ce qui apparaît essentiel parmi les fondamentaux dont nous avons besoin.

Développement des filières

Le marché des plantes est très divers. Il se développe à travers une multitude d'acteurs. Du paysan herboriste à l'importateur international, de l'artisan transformateur à l'herboriste de comptoir, du producteur à l'industriel. Il s'adresse à des publics et à des fournisseurs très variés. Une partie de la clientèle est prête à faire l' effort financier pour soutenir l'engagement de nos professions.

Aujourd'hui dans plusieurs régions de France, à travers des financeurs publics et des organisations interprofessionnelles, les acteurs économiques de la filière engagent des actions et des programmes de développement spécifiques. C'est notamment le cas en Nouvelle Aquitaine ou un projet porté par des producteurs et accompagné par l’interprofession bio  cherchent à territorialiser et contractualiser avec des transformateurs régionaux des mises en culture de  plantes, de façon durable, respectueuse des intérêts de chacun. Si demain, le diplôme d'Herboriste était rétabli, cela entrainerait de facto des répercussions très positives pour la production française.

Le poète Aussone habitant de l'Aquitaine du II ème siècle vante les plantes médicinales et aromatiques de ce territoire. Parmi d'autres région celle là n'a jamais cessé de porter la culture et les savoirs ancestraux au cœur des connaissances nouvelles.  L'engagement vers l'agro-écologie est une nouvelle étape et répond à une demande pertinente et nécessaire, appuyée sur notre culture et notre histoire.

Rapprocher la plante et l'humain pour favoriser la prévention en matière de santé et encourager une alimentation diversifiée participe aussi à ce projet où se cotoient des pionniers de la bio et de jeunes entreprises. Culture et agriculture doivent participer à une société plus écologique et plus engagée avec le cœur.

La cueillette des plantes sauvages doit s'exercer dans le respect des biotopes et soutenue par une gestion raisonnable pour un développement harmonieux entre écologie et consommation. La charte de l'AFC « Association française des professionnels de la cueillette de plantes sauvages » est un exemple de mobilisation des professionnels en matière de gestion de la ressource.

Ces professionnels doivent recevoir de notre part toute la considération qu'ils méritent. Non seulement par la difficulté de ce travail, mais aussi parce qu'ils témoignent au présent de gestes immémoriaux préservant la valeur qui imprègne l'ordinaire des jours et favorisant la qualité énergétique des plantes.

Nous devons également œuvrer pour une rémunération juste de la matière première et de la transformation. La chaîne des valeurs doit être conforme aux règles du commerce. Nous savons les uns et les autres qu'une plante vendue dans un magasin doit rester marchande. Pour cela nous devons régler des questions contradictoires mais pas insurmontables. Le public attend de notre part un service qui lui permet de retrouver dans sa tasse ou dans les produits qu'il consomme, le fil de l'histoire de cette plante. Elle est passée de main en main pour arriver jusqu'à lui. Le commerce par essence équitable, doit tenir ses promesses et construire, avec une confiance réciproque, les tâches de chacun. Les plantes de bonne qualité sont les ambassadrices des terroirs et des paysans, des artisans, des producteurs, des négociants et des transformateurs.

La richesse de la France métropolitaine et d'outre-mer ne pourra répondre à toutes les demandes. Mais elle pourra être un modèle dans l'action pour participer à la préservation du bien commun qu'est la biodiversité et la richesse floristique de notre pays. Imagine-t-on demain la Provence sans ses productions de  lavande ? Les plantes sauvages et cultivées sont le fruit de siècles de symbioses, hommes, animaux, plantes, d'agropastoralisme. Demain, d'un nouveau modèle de gestion écologique. Elles ont contribué à forger nos territoires, leurs diversités, leurs caractères : couleurs, odeurs, saveurs. Il faut répondre à la demande, être fiers de ce patrimoine, élément essentiel de notre culture, de nos traditions et de la diversité.

L'herboriste demain

« L'herboristerie est un sport de combat » (Denis Cheissoux).

« Et la flore témoin des commencements, ortie ou chiendent, sureau ou bardane, est toujours à nos portes ».Pierre Lieutaghi (3)

C'est une forme d'injonction bienveillante qui nous est adressée, à la fois par le public, mais en quelque sorte par la nature elle-même.

Notre métier est le reflet profond d'une part de la réalité humaine. L'archétype plante nous parle avec l'intelligence du cœur et la sensibilité que les simples savent faire naître en nous. Le phytothérapeute Albert Gazier me disait qu'il faut se nourrir, se soigner avec ce qui est à portée de main.  Cet idéal édénique est aujourd'hui bien difficile à mettre en œuvre. Mais la valeur qu'il porte sous-tend une maturité de nos réflexions pour poursuivre la nécessaire réforme « écologie- économie ».

Je suis fier d'appartenir à cette génération qui aura côtoyé des êtres d’exception, lutté dans ce terrain vague au côté et grâce à l'achilléa millefollium. Le projet porté par le sénateur Joël Labbé qui défend l'herboristerie et le nécessaire développement de nos territoires en matière de cueillettes et de productions nous mobilise.

Le changement de réglementation en faveur de l'herboristerie permettra de protéger les consommateurs de plantes, de participer à la prise de conscience de la protection des biotopes. Il renforcera la valorisation des territoire de notre pays par des productions  appropriées et prospères, n'excluant aucun progrès techniques compatibles avec l' agro-écologie. 

 Il y a de la place pour tous, sans opposition aux nécessités de la science et de la santé publique, mais non séparées des traditions multiséculaires. Marcellus Empiricus vivant en Aquitaine vers le milieu du IV ème siècle, cherchait déjà les emplois traditionnels hérités de la Gaule. Grâce à lui, nous connaissons quelques noms gaulois de plantes. C'est le long parcours de l'humanisation, et nous mesurons aujourd'hui combien le végétal est au cœur de notre quotidien, tant sur le plan d'un usage familier, médicinal,ou symbolique. Nous comprenons que notre sort est en communion avec le monde vivant, avec le nécessaire discernement qui nous permet de respecter le vivant sans être asservis et sans asservir.

 II

L’herboristerie, un métier d'avenir

Les plantes médicinales ou « simples » guérissent quantité de maladies. Chacun doit s'efforcer d'en récolter le plus possible. Parmi celles qui abondent particulièrement, dans la contrée ; Une partie sera conservée pour les besoins de la maison ; l'autre sera vendue au pharmacien ou au droguiste. On en utilise de grandes quantités pour les préparations pharmaceutiques, des parfums et des liqueurs.

1.Toulouse (4)

Le métier d'herboriste est dans un terrain vague qui lui donne une relative liberté mais induit une masse de contradictions de plus en plus difficiles à gérer. En effet, entre la législation nationale, la législation européenne et le droit de fait, l'expression de cette profession peut poser des problèmes d'ordre règlementaire, juridique, administratif, éthique avec la nécessité de gérer correctement ce qui relève de la santé publique. Depuis plus de 40 ans, les écoles d'herboristerie ont courageusement pallié à l'absence de cadres et ont permis à des milliers de personnes de recevoir une formation complète permettant à la fois de conserver l'espérance et de garantir une compétence chez les étudiants. Aujourd'hui, devant la consommation de masse et l'expression toujours plus grande du public en faveur de l'usage des plantes médicinales et aromatiques, il semble impératif, dans l'intérêt de chacune des parties, de proposer des solutions pratiques.

Trois projets se dégagent :

Les paysans herboristes, les herboristes de comptoir, la recherche fondamentale en herboristerie.


L'herboriste de comptoir

Ce qui nous préoccupe aujourd'hui, c'est la définition de l'herboriste de comptoir.

L'herboriste de comptoir se situe principalement en milieu urbain ou dans les bourgs. Il peut exercer au sein d'une pharmacie, dans un magasin d'alimentation de produits naturels et biologiques, ou, à proprement parler, dans une herboristerie.

Je rappelle ici un texte qui est paru en décembre 2018 dans la Revue Européenne de Phytothérapie, dont le titre était : l'herboristerie au cœur de notre temps.

Je vais exprimer quelques évidences, en forme de rappel. Aborder l'herboristerie, c'est définir les usages et l'art que l'on attend de ce métier.

 L'herboristerie, en tant que commerce, est un lieu où l'on vend des plantes aromatiques et médicinales, sèches, ou toute autre spécialité complémentaire demandée par les praticiens ou les clients. L'herboriste doit mettre à la disposition des consommateurs une quantité de plantes à usage défini, sous des formes adaptées aux besoin, en lien avec les préconisateurs ou des indications exprimées par les praticiens et le public. Quatre aspects essentiels doivent présider l'exercice de ce métier : la qualité des plantes, leur traçabilité, la pérennité de la ressource, un conseil avisé.

De mon point de vue, il existe plusieurs niveaux de réalités professionnelles. L'herboriste de comptoir, principalement situé dans les villes, achèterai ses plantes chez des transformateurs, des négociants ou directement chez des producteurs. Sa gamme serait relativement étendue, à la hauteur des compétences qui lui seraient reconnues. Il pourrait réaliser des mélanges, des préparations, donner des conseils, dans la limite de ses attributions et, outre l'herboristerie de plantes sèches, disposer d'un assortiment de produits élaborés sous diverses formes, évidemment autorisés à la vente. L'herboriste de comptoir détiendrait un diplôme d'Etat ou une équivalence reconnue.


L'herboriste, un métier d'avenir.

« On ne saurait croire à quel point les idées nouvelles même les mieux justifiées, ont peine à entrer dans la science classique, et quelles mauvaises raisons on est habile à découvrir pour refuser à admettre l'évidence. Chaque fois qu'un monde inconnu s'entrouvre à la science, les objections s'élèvent, mais ces objections, il faut les bénir, parce qu'elles forcent l'inventeur à parachever et à consolider l'oeuvre naissante ».

Professeur Charles Richet. (5)

« Dans quelques années, l'Herboriste ne sera plus là pour vous conseiller. Sa profession n'existera plus.  Vous trouverez difficilement ou pas du tout la plante médicinale indispensable à votre santé.

Puisqu'il en est encore temps, j'ai voulu vous présenter une série de plantes qui poussent autour de nous, dans nos champs, dans nos garrigues, sur nos montagnes, et que vous pouvez parfois cueillir vous-même. Ces plantes, il faut que vous en connaissiez leur valeur, leur emploi, leurs propriétés ».

 O.Saunière. (6)

L'herboriste de comptoir, comme tous les métiers artisanaux et commerciaux, nécessite, outre une formation générale classique, liée à son domaine, un apprentissage portant sur plusieurs points d'appui qui feront de lui une personne compétente.

Jadis, le « prestige corporatif » sous tendait l'action de l'herboriste, indépendamment des valeurs propres à la profession : la disponibilité, le sens du service, la compétence.  Je pense qu'il faut élargir notre point de vue et revenir à cette notion de « prestige corporatif » qui, lorsqu'il était justifié, conférait à la clientèle une sécurité et une confiance sans lesquelles il n'y a pas d'exercice possible de ce métier.

Cette profession, depuis la nuit des temps, a été traversée par des « charlatans » ou nommés comme tels par certains. Dans l'art du « charlatanisme commercial » je crois que tous les métiers sont concernés encore aujourd'hui. Des cas sont célèbres, mais cela ne doit pas occulter que pendant des siècles, des femmes et des hommes ont exercé cette profession sous diverses formes et sous toutes latitudes, par conviction , par passion et par devoir. .

L'herboriste aujourd'hui doit prendre une place en rapport avec la réalité du commerce,  tenant compte des nécessités indispensables pour que son activité puisse s'exercer avec profit, mais également dans le souci du bien commun, tant au niveau de la ressource des matières premières et de leur protection, que de la qualité et de la traçabilité de ces mêmes plantes.


Un long chemin

« Jadis la route terrestre les faisait longtemps cheminer en compagnie des pierres précieuses et des étoffes rares. Rimbaud et ses illuminations les éclairent d'un jour nouveau : les épices engendrent le symbolisme ». Professeur Pierre Delaveau.(7)

Une plante est parfois conduite sur de longs chemins et de très longs trajets. L'herboriste de demain doit bâtir une réflexion sur l'opportunité des charges liées à cette nécessité. Il doit s'interroger sur le bon usage de l'ensembles des transports, sur le bien fondé de ces mouvements de matières.

Une partie du métier va se développer vers la distribution en vrac, je parle ici de l'herboristerie sèche. Une réflexion nouvelle doit être engagée pour permettre un usage pertinent des matières premières, sans altérer leurs qualités intrinsèques.

Propreté, hygiène, procèdent d'un équilibre évident, d'une attitude que l'herboriste doit adapter avec raison, dans un cadre acceptable permettant de commercer avec clarté.

Les collaborateurs qu'il engage et les apprentis qui deviendront peut-être un jour herboristes doivent être immédiatement considérés et engagés dans cette même voie.

L'herboriste doit disposer, indépendamment de son savoir, d'une bibliothèque de référence permettant l'étude, la confrontation et la recherche. Ce savoir doit être partagé.  Ce métier, en effet, est soumis en permanence à l'évolution des connaissances et au maintien des traditions multiséculaires. L'herboriste doit chercher à atteindre une maitrise. Un diplôme serait le premier point vers cette destination intellectuelle. Mais la pratique, l'apprentissage sont indispensables. Jadis, et j'en ai moi-même fait les frais lorsque je travaillais chez les négociants en gros, les apprentis, dont je faisais partie, étaient soumis à des bizutages initiatiques. La jeunesse nous exposait aux blagues et aux désagréments des plus anciens, qui se moquaient de nous, riaient de bon cœur, mais en fait, voulaient simplement nous apprendre le métier. J'avoue que nous pouvons aujourd'hui limiter ce genre de galégeade.


La corporation des herboristes

L'herboriste de comptoir, outre ce que j'ai déjà défini plus haut, doit disposer d'un nombre d'aptitudes très variées qu'il faudra développer. Elles sont liées aux ambitions que ce dernier porte en lui, mais ne peuvent, en tout état de cause, être en dessous des valeurs que nécessiteront le diplôme d'herboriste.

La corporation des herboristes, aujourd'hui diffuse mais réelle, est confrontée à des contradictions qu'il est nécessaire d'affronter avec calme et sérieux. La diversité des sources, la gestion des informations multiples, la mise en danger des ressources, la gestion des articles secondaires dans les boutiques, la « gâchée », nommée chez les anciens épiciers comme point essentiel du stockage, les problèmatiques de gestion, de comptabilité, de management des équipes, d'orientation en matière des approvisionnements et des ressources. Les questions liées à la métrologie légale, aux progrès des connaissances spécifiques sur les plantes, les produits exotiques, ceux de première nécessité, les traditionnels, ceux des terroirs de France ou du monde.

Depuis les navigateurs marchands du moyen-âge, tous ceux d'avant, et nous-même aujourd'hui, nous produisons, achetons, colportons, distribuons des matières premières dont l'usage permet l'alimentation, le bien-être, le soin. Ce métier doit devenir une référence en matière de conscience écologique à destination du public. Suivant A. Seigneurie,* devenir un « parfait épicier » serait aujourd'hui transmettre les valeurs que nous enseignent et nous offrent le monde végétal.

L'herboriste doit disposer d'un esprit d'ordre, de discernement, d'économie, d'initiative, d'écologie, de responsabilité sociale afin de partager ses connaissances.

L'herboriste doit pouvoir disposer d'un calendrier herboristique pour ses achats, la gestion de ses stocks, précisant, en fonction des saisonnalités, les actions à conduire. Il doit connaître les noms vulgaires ou vernaculaires, les noms latins, les propriétés et les compositions potentielles.

Les devoirs envers la société et ses clients sont fondés par le savoir, les traditions, les lois et les usages. L'herboriste doit maîtriser son sujet, en particulier lorsqu'il s'agit de plantes à consommation coutumière. Il doit proposer les modalités d'usage, infusion, bouillon, macération, décoction. Avoir repéré les plantes dont l'interaction médicamenteuse peut se révéler nocive. Il doit disposer de connaissances botaniques suffisantes pour définir une variété et lire, à partir d'une plante coupée ou partielle, la nature réelle de cette dernière. Il doit être capable d'aborder les mélanges pondérés, la lecture d'analyses notamment des résidus divers....


L'univers de l'herboriste

« Nous voyons heureusement les maitres les plus autorisés de la thérapeutique s'appuyer sur ces considérations pour en appeler de l'ostracisme qui depuis plus d'un siècle condamnait les simples à ne plus figurer que dans les musées... » Docteur H. Leclerc (8)

Qu'elles soient drogues végétales, herbes médicinales, aromates, simples, les plantes ont exercé une fascination sur les humains, non seulement imprégnée de nécessité, mais également dans un discours symbolique que les hommes ont assigné tout au long de leur histoire, à l'univers végétal et au lien indéfectible entre l'alimentation et la santé. Les visions pittoresques, romanesques, souvent excessives, ont été promues à travers le temps autour des apothicaires, épiciers ou autre. Elles procèdent du rapport archétypal qui a formé notre conscience du vivant, depuis ces époques lointaines. Jadis, l'alchimiste également a imprégné de sa science l'univers des plantes, espérant la transmutation, donc, probablement, la transcendance. C'est pourquoi il est si complexe aujourd'hui d'aborder de façon purement rationnelle ce métier et son implication dans le monde contemporain sans faire appel pour mieux comprendre à l'histoire et aux légendes. Les « Modernes » ont combattu les superstitions où la guérison était d'abord la guérison de l'âme. Notre monde actuel, accablé de souffrances psychiques, nous démontre quotidiennement la soif inextinguible des femmes et des hommes pour l'intrication  humain-nature vers une salvation.  L'herboriste contemporain, sans se perdre dans les arcanes du passé et s'y complaire, doit disposer d'une mémoire compatible avec une rationnalité nécessaire mais également une intuition disponible pour être à l'écoute des demandes. A l'époque des « guérisseurs » dont nous ne nous sommes jamais passés, des chamans ou des rebouteux, les progrès scientifiques n'avaient pas embrassé la société entière. Mais aujourd'hui émane de toutes parts des contradictions que seul un discernement bienveillant peut conduire notamment vers un usage des plantes utiles pour chacun.

Méestimées depuis des dizaines d'années, les plantes médicinales sont parfois aujourd'hui surévaluées, d'où le risque d'une conflagration de déception qui nous conduirait à un retour en arrière préjudiciable. Il est donc nécessaire de définir le champ et l'usage des trois ou quatre propositions majeures qu'appelle cette profession. En effet, de l'infusion simple à la forme gallénique  avancée, des  remèdes organiques  aux extractions  les  plus   audacieuses,  

n'appellent pas forcément à l'expression d'un même corps de métier  S'il est souvent juste de considérer que «  qui peut le plus peut le moins », il faut faire en sorte de ne pas négliger la prévention simple, frappée au coin du bon sens.

Des centaines de nombreux principes actifs issus des plantes traversent notre quotidien, souvent sans que nous y prêtions attention. Mais ne négligeons pas l’esprit et la conscience populaire où l'expression par l'infusion reste un exercice abordable, peu onéreux et efficace.


L'ombre guérisseuse des plantes

« La médecine par les plantes naquit avec l'homme, car c'est à ses dépens qu'il appris à connaître les qualités alimentaires bienfaisantes ou nocives des végétaux qui croissaient autour de lui. » Professeur E. Perrot (9)


L'intérêt supérieur de l'enjeu du diplôme d'herboriste est aussi un facteur de résistance à la destruction de la Nature.

Les plantes disposent d'un grand nombre de caractères qui racontent une histoire, celle de la terre, de l'évolution, de la descendance. Elles ont été l’objet d’une mythologie active qu'il ne faut pas mépriser. La plante, c'est le terroir, l'arôme, le goût, le miroir du pays, les paysans, une expression du territoire, la lecture du paysage. Tout concourt à ce mariage de la nature avec la compétence humaine, mais également avec tous les paramètres agronomiques, climatiques, écologiques. Les plantes et les hommes ont façonné un alphabet des pratiques, des rites, qui aujourd'hui émergent de nouveau. La confirmation que le public nous donne chaque jour exprime à la fois ce paradoxe étrange que « ce qui est infiniment local est vraiment universel ». La mondialisation, si elle peut prospérer sur l'espérance de la paix et de l'humanisation, ne peut en aucun cas abandonner le rapport intime au berceau de chaque être. L'uniformisation est un totalitarisme. Pour aborder l'herboristerie moderne, nous devons nous affranchir, non pas de l'histoire et de l'origine, mais des imprécations du temps et des opinions subjectives, des idéologies passagères et destructrices. L'herboristerie est fondée sur des valeurs intangibles qui s'adaptent au fur et à mesure des générations, mais dont l'essence a toujours permis de structurer et de développer une attitude strictement orientée dans l'intérêt des personnes et la préservation du bien commun. La plante, pour être efficiente quelle que soit son origine doit éviter la rupture « énergétique » dont je reparlerai dans un autre document. Si l'herboristerie aujourd'hui n'est pas officiellement reconnue par l'institution publique, le public, lui, nous reconnaît. Il faut donc parvenir à la structuration de notre visibilité, sans nous départir des principes généraux de notre métier et sans briser la valeur traditionnelle, voire rituelle, qui confère à l'herboristerie une partie de ses qualités. Boire une infusion, c'est également proposer une pratique, une position dans l'espace, qui vient soutenir un geste ancestral. L'herboristerie est une culture qui vient enrichir l'ensemble des attitudes humaines dans la prévention, le bien-être, l'alimentation, l'hydratation, l'art de vivre. A ce titre, elle constitue un bien, une vertu à portée universelle. Elle est un vecteur d'humanisation du monde.

Les botanistes du monde entier accumulent leurs découvertes et leurs inventaires. Les ethnobotanistes et ethnopharmaciens produisent chaque jour des connaissances nouvelles. Le monde végétal est au cœur de notre planète, dont nous sommes encore à la veille de comprendre l'étendue des potentiels, suivant le degré d'usage des plantes, elles proposent des notions, des émotions différentes qui vont de la nutrition au soin, de la dégustation à l'émerveillement.

Les dizaines d'années d'éclipse de la profession d'herboriste sont symptomatiques de la négligence qu'a fait peser l'illusion moderniste sur l'équilibre du monde. En reprenant une marche juste et pondérée avec l'univers végétal, nous retrouverons ce dialogue interrompu. « Pour notre santé et celle de la Terre*. »


Jean Maison


*Intervention au Sénat du 24 mai 2019 « Les métiers de l’herboristerie, état des lieux et perspectives ».

Merci au sénateur Joël Labbé ainsi qu'à Fanny Duperray pour leur invitation ainsi que pour le travail accompli dans le cadre de la Mission sénatoriale sur l'herboristerie.


- (1) Jean Grosjean. Nathanaël. 1996

- (2) Jean-Marie Pelt.  Cessons de tuer la Terre pour nourrir l'homme ! 2013

- (3) Pierre Lieutaghi. La plante compagne. 1991.

- (4 )C. Toulouse. Les plantes médicinales à l'école primaire 1920

- (5) Professeur Charles Richet. La nature médecin.1925

- (6) O. Saunière. Herboristerie du couvent. Herboriste de 1ère classe de la faculté de Toulouse. L'herboristerie va disparaître.1950

- (7) Pierre Delaveau. Les épices. 1987

- (8) Docteur H. Leclerc. Précis de phytothérapie. 1976

- (9) Professeur E. Perrot. Plantes médicinales de France. 1938-1947

* « pour notre santé et celle de la Terre » (devise de l'association